Posted by: bongoyok | July 20, 2009

Chrétien, mais africain

« Kokwar mafa », noble pays mafa
As-tu bien veillé sur ta citadelle
Que depuis longtemps le soleil chauffa ?
Aux monts Mandara, restes-tu fidèle ?
Très noble pays mafa, nous t’aimons
Et prenons plaisir à monter tes monts.
De ta terre qui n’a plus de nacelle,
Nous ne vendrons jamais une parcelle.

Ce sol fut hérité de nos aïeux
Ce terroir est pour nous très précieux.
Oui terre mafa, nous nous souvenons
Des jours où tu as osé dire non
A l’islam qui recourant à la guerre
A arraché quelques bouts de ta terre.
Mère mafa, nous retenons aussi
Le jour où ton noble cœur fut noirci.

Tu as caché tes fils dans les greniers
Quand survint le Blanc avec son école
Dans l’ignorance tu jouas ton rôle :
« Non à une tradition reniée »
Te disais-tu, sans être une sotte.
Tu les as cachés jusque dans les grottes.
Ta lutte ne dura pas longtemps,
Mais devint plus belle avec le temps.

Nous voulons être de sages enfants
Et non des fils rebelles et branlants.
Vers un grand savoir, l’école nous mène
Mais la peur de te trahir nous malmène.
Nous avons très honte de te parler
En fulfulde , en français ou anglais.
Déjà le mofa n’est plus dans la bouche
Il est parti par un procédé louche.

Plusieurs se sont rendus à « wandala »
Peu savant animer les « N’golala »
Ceux qui, hier, avaient encore des racines
Sont presque tous transformés en épines.
Ta houe est tout au bord de la poubelle
Les flûtes pleurnichent dans les ruelles.
Le « dékotcher » est laissé aux mamans
Le « houdok » est classé au dernier rang.

Le « tézlézleu » ne résonne plus bien
Le « gandzavar » est vendu au touriste.
Les plus âgés ont un visage triste.
Mais que voulez-vous ? Ils n’y peuvent rien.
Les sages du pays n’ont plus de dents,
La jeunesse a suivi l’occident.
Le combat qui a duré des années
Pleure une victoire détournée.

Oh ! Que les flots ne nous emportent pas !
La culture évitera le trépas,
Si tu es la source de sa jouvence.
Ce n’est pas en ne rêvant qu’à la France
Que se retrouve ton identité.
L’histoire saura te féliciter
Si tu ne raisonnes pas en vulgaire,
Si tu gardes ton origine claire.

Et toi, plus sage des fils de ma mère,
Toi qui, à Jésus , as donné ton cœur,
Ne vends pas, pour un petit bout de terre,
La foi en le seul, bon et vrai Sauveur.
Fais cependant un méticuleux tri.
Par l ‘idolâtrie, ne sois jamais pris
Mais garde jalousement sur la selle
Tout trait culturel qui lie foi et zèle.

Moussa Bongoyok Joyeux malgré la crise (Pasadena, CA : Trinity Press, 2002) pp. 57-58.


Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

Categories

%d bloggers like this: